Non, je te ferai pas l'apologie d'un vieillard vieillissant (28????). Triste figure haletante devant un miroir qu'un coup de loque rajeunirait deux fois plus qu'une batterie d'espoirs perdus. Je ne serai pas de ceux-la. J'avance, d'un pas hesitant, vers des univers sans queue ni tete. Je les connais, qui sont l�, las, � attendre le moindre faux pas. Que ce soit dans l'aventure du monde familial, social, amoureux, spirituel. Un mot de travers (et qui donc decide qu'il soit de travers) et il n'en est aucun qui pardonne. Tout s'inscrit sur la papier buvard- buveur- du temps. Il n'est rien qui s'oublie! Tout ce qui a �t�, sera toujours. Et je n'ai que ce regret: d'oublier tout; de n'avoir que trop de pardon pour tout, tous! Serais-je, malgr� mes efforts, rien qu'un point focal, perdu au milieu de rien et de tout. Tout ce qui a �t�, sera toujours. Et si je m'aventurais, comme d'autres, pour dire que tout ce qui a �t�, a toujours �t�. Que nous ne sommes que d'infimes particules errant dans un univers que nous pensons en perp�tuelle �volution. Ne sommes-nous pas un peu limit�s? Cet univers ne nous d�passe-t-il pas?
Le temps me torture, par son essence. Tant, et si peu a la fois, volatile.
Apr�s tout, n'est-ce pas ridicule que de croire au hasard? Croire au hasard, c'est croire au temps. Et le temps, qu'est-ce qu'un faux espoir? Grands dieux, si je devais me tromper! Fantoche au gr� du vent, pantelant sous les coups du destin. Fataliste? Moi? non, j'y crois � la force de ma volont�, � l'empreinte que je puis laisser sur le pass�. Mais paradoxalement, je ne crois pas que le temps soit nouveau, un re-nouveau. Dingue, non? Paradoxal, aussi? histoire de me donner une issue, peut-�tre.
Ce serait le plus beau geste de la science (et qu'est-ce donc que la science si ce n'est le fruit d'une exp�rience r�p�t�e; et Dieu sait si l'on r�p�te les m�mes conneries depuis des si�cles - rien que ce texte, n'est-il pas une p�le copie d'un autre?) que d'affirmer � ses contemporains que le temps est! Qu'il n'existe rien d'autre que le pr�sent, que le pass� est d�j� oubli�, que le futur n'est pas encore. Et qu'il suffit d'un peu de bonne volont� pour en (notre terre, cet univers sans limite) faire le r�ve de tout un chacun. Te rends-tu compte de cette effroyable libert� qu'il nous serait donn� alors? Si vraiment l'univers est en devenir? Si vraiment, chacun de nos gestes d�cidaient de l'avenir?!?
Par contre, si cet univers (concept du TOUT) n'avait jamais cess� d'�tre!?! Ni pass�, ni avenir. Jamais qu'un leurre pour humain non-averti?!? Triste, non? Et pourtant, je ne peux m'emp�cher de croire que si aujourd'hui (au sens large), je pense positif, demain (toujours au sens large) sera positif aussi. J'y crois en la force de l'homme sur l'homme, la force du Soi sur le Soi. Et aussi je crois qu'il y a des Sois plus forts, plus illumin�s que d'autres, qui sont l� pour les autres. Comme des guides. Et qu'� ceux-la, il ne reste qu'une seule et unique chance: d�couvrir la lumi�re, d�couvrir qui ils sont pour les autres. Et briller, de tous leurs feux. Suis-je de ceux-l�? Je le veux, je l'esp�re! S'il me fallait souffrir, un jour, decouvrir ma triste nature de fourmi, oeuvrant pour le rien universel, je doute que je ne l'accepte sans souffrance, et m�me plus.
Oh, si, je sais. J'accepterai. Mais, moi, oui, mon moi, �go�ste, mon moteur. Qu'en adviendrait-il? Ne virerais-je pas insipide? Qu'est-ce donc qui me pousse � vivre? La mort, apr�s tout, pour quelqu'un qui daigne y r�fl�chir, n'est pas cette affreuse faucheuse. Loin de l�. Elle est porteuse d'un espoir nouveau. D'un re-nouveau. C'est a peu pr�s la seule chose qui vaille la peine d'�tre v�cue.
Oh, comme je me trompe. A voir tous ces gens s'esbaudir pour des riens ... un film? Un repas? Une �motion parlementaire? Un don de pain au milieu de l'Afrique incertaine? N'y a-t-il pas autre chose? D'avoir vu ces femmes jouir d'un rien ... N'est-ce pas si simple? Le bons sens f�minin ... Un bon repas, quelques bonnes bouteilles de vin? Un bon cigare qu'accompagne une Chartreuse? Et puis, tout se fond dans l'inn�narable ...
Je veux �tre c�l�bre. Je veux marquer cet enfer humain de mon sang, de mon esprit, de ma chair! Je veux qu'il me porte � bout de bras, qu'il me glorifie. Triste, non? Cette m�galomanie? Et puis, je ne sais si j'en ai la force. si ce n'est jamais que la demande d'une �me �triqu�e, restreinte � ses petis besoins. A ces moi, moi, moi, je, je, je! Qu'est-ce donc qui nous tienne en vie? Si ce n'est cette saloperie de vie elle-m�me. Avec son insupportable besoin de reproduction?
Hein? Qu'est-ce donc qui nous tient en vie?
Qu'est-ce donc qui me tient en vie?
Parfois des larmes abondent, p�rilleuses, au bord de mes yeux. Pan! Je les tance! Et elles retournent dans leur antre tropical.
Je suis perdu.
Ou mieux, je sais exactement o� j'en suis.