Errance

Elle et moi aimions jouer à l'ombre du soleil. Sous les tables, sous les ponts. Dans les armoires, dans les églises. Nous avons grandi ensemble. Notre amour nous unissait de plus en plus, nous isolait des autres. Nous rampions derrière les longues nappes pour fuir les jambes de nos parents affairés à la fête. Nous disparaissions dans leurs vêtements nous imprègnant de naphtaline pour cacher nos jeux innocents.

J'ai toujours admiré les étoiles qu'elle avait au fond des yeux. Tous les jours y naissaient de nouvelles constellations. Et je n'en pouvais plus de leur trouver un nom, de m'en souvenir le lendemain. Elle aimait jouer avec mes mains. Elle leur donnait la forme d'oiseaux, de chiens, de petits êtres bienfaisants, parfois de petits monstres aussi. Mes mains grandissaient. Les monstres aussi.

Rien ne nous séparait. Pas même la distance, pas même la différence. Quand venait la nuit, nous nous endormions visage contre visage et respirions le souffle chaud de l'autre. Nos rêves partagés puisaient leur source dans les histoires que je décryptais dans le langage stellaire de son regard, ou étaient le prolongement des aventures qu'elle faisait vivre à mes mains. Les mêmes émotions nous portaient jusqu'aux portes du sommeil.