Deux heures que j'essaie de dormir. Ce n'est pas tant que ces vieux sommiers me soient insupportables, ou encore que ces lits soient faits pour des nains. C'est plutôt cette nuit noire, cette absence de lumière. Ce silence. Et elle. Au milieu de rien, qui respire à deux mètres de moi. Voyageurs en transit. Ici les trains ne circulent pas la nuit. Elle a une place dans le compartiment voisin. Le jour, si je sors de ma cabine, elle est là, accoudée à la fenêtre, cherchant un peu d'air, du vent pour rafraîchir ses tempes, où ses cheveux se mêlent en mèches humides. Tantôt, je l'ai vue se glisser dans ses draps, elle portait une chemise légère, courte, qui lui dévoilait les cuisses.
Mon corps me pèse, je n'ose bouger. Je me fonds à l'air ambiant. Je voyage sur elle, en elle. Je me glisse par sa bouche dans ses poumons. Je m'y attarde et goûte à la fraîcheur de ses seins. Longeant sa nuque, je m'écoule par ses narines. Je ne suis plus que ce souffle d'air, fragile. Et lorsqu'elle bouge, je me laisse aspirer par ses mouvements. Je m'enroule sur son ventre rond, lisse. Je tente de m'accrocher à son nombril. Mais je glisse sur sa chair et je m'écoule entre ses jambes où je meurs, mêlé à l'air chaud prisonnier de ses draps.